Module 4 — IA générative et grands modèles de langage
Reconnaître, puis produire
Les réseaux du Module 3 reconnaissent. On leur donne une image, et ils répondent « 7 » ou « panda ». On leur donne une phrase, et ils proposent sa traduction. Depuis une dizaine d’années, les mêmes architectures apprennent aussi à produire : des visages de personnes qui n’existent pas, des images à partir d’une phrase, des voix, de la musique, des vidéos, et surtout du texte.
Le 30 novembre 2022, OpenAI ouvre au public ChatGPT. En deux mois, le service compte 100 millions d’utilisateurs. Pour beaucoup de gens, c’est la première fois qu’une machine semble comprendre ce qu’on lui dit, et répondre comme le ferait une personne. L’expression IA générative (generative AI) se répand alors pour désigner l’ensemble de ces systèmes, et les grands modèles de langage (large language models, LLM) comme celui de ChatGPT en deviennent la figure centrale.
Ce module explique comment ces systèmes fonctionnent, ce qu’ils permettent, et ce qui leur échappe.
Une seule grande idée : imiter une distribution
Le chapitre « Classer » du Module 2 distinguait deux façons de construire un modèle. Un modèle discriminatif trace une frontière entre des classes. Un modèle génératif décrit chaque classe, assez précisément pour pouvoir, en principe, en produire de nouveaux exemples.
L’IA générative, c’est ce « en principe » devenu réalité. Un modèle génératif apprend comment se répartissent les données, leur distribution, puis il tire au hasard de nouveaux exemples qui se répartissent de la même façon. Un générateur d’images a appris la distribution des photos. Un grand modèle de langage a appris celle des textes écrits par des humains : il donne, pour chaque début de texte, la probabilité de chaque mot qui pourrait suivre, et il écrit en tirant ces mots un par un.
Le mécanisme est d’une simplicité déconcertante. Rien, dans cette description, ne parle de comprendre une question, de raisonner ou de vérifier une réponse. Il est pourtant difficile d’imaginer comment, en répétant cette seule opération, un mot après l’autre, on obtient les réponses de ChatGPT : expliquer une notion, écrire un programme, résumer un article ou traduire un poème. Ce contraste est l’une des grandes surprises de l’IA récente, et il traverse tout ce module. Il revient dans « Ce que la prédiction exige », puis dans « Ce que les LLM comprennent, et ce qu’ils ratent », qui se demande ce que ces modèles comprennent vraiment.
Pour le reste, rien ne change par rapport aux modules précédents. Ces modèles sont des réseaux de neurones, entraînés par descente de gradient, et leur architecture la plus importante est le Transformer présenté au Module 3. Ce qui a changé, c’est l’échelle : des milliards de paramètres, entraînés sur une grande partie du texte et des images disponibles sur le Web.
Ce que ce module n’est pas
Trois précisions évitent des malentendus fréquents.
- Ce module demande peu de mathématiques. Les quelques formules sont expliquées en mots, et les plus techniques sont placées dans des encadrés que l’on peut sauter. Les mécanismes sont surtout expliqués par des figures et des applets, dont plusieurs utilisent de vrais modèles : un autoencodeur, un modèle de diffusion, de vrais plongements de mots, le découpage en jetons de GPT-4o, et CLIP.
- Ce module explique, il ne tranche pas les grands débats. La question de savoir si ces modèles comprennent est posée au dernier chapitre, avec les arguments des deux côtés. Les questions de société, comme le droit d’auteur, l’emploi, l’environnement ou la désinformation, sont signalées au passage et traitées au Module 5.
- Ce module n’est pas un mode d’emploi. Il présente quelques principes pour formuler des requêtes, mais son but est de comprendre ce que font ces systèmes, pour mieux juger ce qu’ils produisent.
Le parcours du module
Le module compte trois parties : l’IA générative en général, puis les grands modèles de langage, puis la rencontre du texte et de l’image, qui se termine par un regard à l’intérieur des modèles et un bilan de ce qu’ils comprennent et de ce qu’ils ratent.
L’IA générative
- Générer : imiter une distribution : la distribution, le tirage, la température, et l’espace latent d’un autoencodeur.
- Quatre façons de générer : les GAN, les autoencodeurs variationnels, la diffusion et les modèles autorégressifs.
- Des images, des voix, des vidéos : dix ans de génération, des protéines à la météo, et les hypertrucages (deepfakes).
Les grands modèles de langage
- Des règles aux probabilités : soixante-dix ans de traitement de la langue, les n-grammes, le lissage et la perplexité.
- Les outils statistiques (approfondissement) : les modèles de Markov cachés, la traduction statistique, les vecteurs de documents.
- Des mots aux nombres : jetons et plongements : découper un texte, et représenter le sens des mots par des vecteurs.
- Prédire le mot suivant : du modèle neuronal de 2003 au Transformer, le préentraînement, GPT, la fenêtre de contexte, ce que la prédiction exige, et ce qui reste des idées classiques.
- Passer à l’échelle : les lois d’échelle, l’apprentissage dans le contexte, les coûts, les modèles ouverts.
- Du modèle à l’assistant : l’ajustement, le renforcement à partir de préférences humaines, et les modèles qui raisonnent.
- Des outils, un harnais et des agents : la conversation qui n’en est pas une, le harnais qui entoure le modèle, la recherche augmentée, l’appel d’outils, les agents et leurs risques.
- Programmer avec des agents : la boucle d’un agent de programmation, la culture des outils Unix, SWE-bench, les risques et le métier qui change.
- Démontrer (approfondissement) : les assistants de preuve, des Olympiades aux premiers résultats de recherche, et leurs limites.
- Le défi ARC (approfondissement) : mesurer l’intelligence par des tâches nouvelles, de 2019 à ARC-AGI-3.
Le texte et l’image, l’intérieur des modèles, et le bilan
- Relier les mots et les images : CLIP, la classification sans exemple, et la génération d’images à partir d’une phrase.
- Des modèles qui voient, entendent et parlent : les modèles multimodaux, la lecture du texte dans les images (OCR) et la conversation à voix haute.
- Regarder à l’intérieur : l’interprétabilité mécaniste, la superposition, les caractéristiques, les circuits, et les travaux de 2026 sur les émotions et l’espace de travail global.
- Ce que les LLM comprennent, et ce qu’ils ratent : hallucinations, perroquets ou modèles du monde, et le bilan du module.
Le module compte quatorze applets, dont un espace latent à explorer, un modèle de diffusion qui redessine une feuille d’érable, un test pour distinguer une vraie photo d’un visage généré, un générateur de texte entraîné sur Jules Verne, un étiqueteur grammatical à modèle de Markov caché, un rôle d’évaluateur humain pour comprendre comment on entraîne un assistant, un agent de programmation à suivre pas à pas, des tâches du défi ARC à résoudre soi-même, et un petit réseau qui range plus de concepts que de neurones.
Pour situer ce module dans l’ensemble du cours : l’IA générative repose sur l’apprentissage profond du Module 3, lui-même une famille de méthodes d’apprentissage automatique.
Objectifs
Au terme de ce module, vous devriez être en mesure de :
- expliquer la différence entre un modèle qui reconnaît et un modèle qui génère, et ce que signifie tirer des exemples dans une distribution ;
- décrire le principe des quatre grandes familles de modèles génératifs : GAN, autoencodeurs variationnels, diffusion et modèles autorégressifs ;
- retracer l’histoire du traitement de la langue, des règles aux n-grammes, et expliquer le lissage, la perplexité et les principaux outils statistiques ;
- expliquer comment un texte est découpé en jetons, et comment des plongements représentent le sens des mots ;
- expliquer ce qu’est un modèle de langage, et comment un Transformer génère un texte jeton après jeton ;
- expliquer pourquoi la taille des modèles a tant compté, et ce que sont les lois d’échelle et l’apprentissage dans le contexte ;
- décrire les étapes qui transforment un modèle de base en assistant, et le rôle du travail humain dans ces étapes ;
- expliquer comment raisonnent les modèles entraînés par des récompenses vérifiables, et ce qu’apporte une preuve vérifiée par une machine ;
- expliquer ce qu’apportent les outils et les agents, et les risques qu’ils posent ;
- décrire le fonctionnement d’un agent de programmation ;
- expliquer comment des modèles relient les textes, les images et les sons ;
- expliquer comment on tente de mesurer l’intelligence avec des tests comme ARC ;
- expliquer ce que cherche l’interprétabilité mécaniste, et ce que sont la superposition, les caractéristiques et les circuits ;
- identifier les principales limites de ces modèles, comme les hallucinations, et présenter les arguments du débat sur leur compréhension.
Durée
Trois semaines, travail noté compris, soit environ 27 heures. Trois chapitres, marqués « approfondissement » dans le parcours, sont facultatifs : Les outils statistiques, Démontrer et Le défi ARC. La suite du module et le travail noté ne les supposent pas.
Évaluation
Un travail noté (20 % de la note finale) où vous construirez un modèle de langage miniature dans Google Sheets, puis l’utiliserez pour générer du texte, avec des questions d’interprétation.